Ressource compagnon · L'IA Minute du Médecin

La bibliothèque ORCF

Dix prompts prêts à copier, les trois relances qui changent tout, les sept erreurs fréquentes, et la méthode pour que vous n'ayez plus jamais à réécrire la même demande.

Mise à jour : 25 juillet 2026.

Trois idées reçues à évacuer d'abord

Les quatre lettres, en pratique

Le schéma du livre donne la structure. Voici ce qui, dans chaque bloc, fait réellement la différence entre une réponse moyenne et une réponse utilisable.

O

Objectif : dites ce que vous en ferez

La question n'est pas seulement « que doit-elle produire », c'est à quoi cela va servir. « Explique-moi la fibrillation atriale » et « explique-moi la fibrillation atriale pour que je l'explique à un patient de 78 ans dans dix minutes » ne produisent pas le même texte, et c'est la seconde partie qui fait tout.

Le geste : terminer l'objectif par « pour que je puisse... ». Cette formule oblige à dire l'usage réel, et l'usage réel oriente mieux que n'importe quel adjectif.

R

Rôle : précisez le lieu d'exercice, pas seulement la spécialité

« Tu es cardiologue » ne dit presque rien. « Tu es cardiologue libéral en cabinet de ville, sans plateau technique sur place » change les propositions, les délais et les orientations. La spécialité indique le savoir, le contexte d'exercice indique le réalisme.

Le geste : ajouter systématiquement le milieu d'exercice et l'accès aux moyens. Deux mots, et vous éliminez les réponses hospitalo-centrées.

C

Contexte : ce qui compte, c'est ce qui exclut

Un bon contexte n'est pas un contexte long, c'est un contexte qui élimine. Les contre-indications, les échecs antérieurs, les contraintes du patient et les vôtres. Ce sont ces éléments qui écartent les propositions inapplicables, et donc qui raccourcissent la réponse.

Le geste : écrire une ligne « ce qui est déjà exclu, et pourquoi ». C'est l'ajout qui améliore le plus une réponse, et personne ne le fait.

F

Format : une structure et une longueur, toujours

Sans contrainte de forme, vous obtiendrez la forme moyenne : des paragraphes tièdes, une conclusion générale, aucune décision. Imposez la structure (tableau, colonnes, rubriques) et la longueur (nombre de lignes, de mots, de points). La longueur est la contrainte la plus efficace de toutes.

Le geste : dire ce que vous ne voulez pas dans la sortie. « Pas d'introduction, pas de conclusion, pas de rappel de cours » vous fait gagner un tiers du texte.

Le cinquième élément, implicite L'autorisation de ne pas savoir. Ajoutez à la fin : « si tu n'as pas l'information, écris-le au lieu de l'estimer ». Ce n'est pas une lettre de plus, c'est ce qui rend les quatre autres fiables.

Les dix prompts

Rangés par usage. Remplacez les crochets, collez, gardez. Aucun ne contient de donnée identifiante, et aucun ne doit en contenir.

1. Conduite à tenir dans une situation type

Tu es [spécialité] exerçant en [cabinet de ville / structure], sans accès immédiat à [plateau technique].
Dans un contexte de [type de consultation], face à une situation type : [description en 3 lignes, sans aucun élément identifiant].
Ce qui est déjà exclu : [éléments écartés, et pourquoi].
Ta tâche est de proposer les conduites à tenir envisageables, pour que je puisse préparer ma décision avant de rouvrir les référentiels.
Présente sous forme d'un tableau : option, ce qui la soutient, ce qui l'écarte, ce qu'elle suppose de vérifier.
Pas d'introduction, pas de conclusion. Si tu n'as pas l'information, écris-le au lieu de l'estimer.

2. Élargir un diagnostic différentiel

Tu es [spécialité] en [milieu d'exercice].
Dans un contexte de [consultation non programmée / suivi], voici un tableau clinique type : [description, sans identité, sans date].
J'ai déjà pensé à : [liste de mes hypothèses].
Ta tâche est de me proposer ce que je n'ai pas listé, pour que je vérifie que je ne passe pas à côté.
Présente sous forme de trois listes : les hypothèses fréquentes que j'ai omises, les hypothèses rares mais graves à ne pas manquer, les éléments qui permettraient de trancher entre elles.
Ne hiérarchise pas à ma place et ne conclus pas. Si un élément manque pour raisonner, dis lequel.

3. Lire un article avec une grille constante

Tu es lecteur critique pour un [spécialité] de ville.
Dans un contexte de veille, à partir de l'article joint et de lui seul.
Ta tâche est de me dire ce que cet article change ou ne change pas pour ma pratique.
Présente sous forme de rubriques : question posée, type d'étude, population et ce qui limite l'extrapolation, critère principal et s'il est clinique ou intermédiaire, résultat en absolu et en relatif avec l'intervalle, limites énoncées par les auteurs, ce que ça change en une phrase.
Une page maximum, style télégraphique. Si une rubrique n'est pas renseignée dans l'article, écris "non rapporté".

Les trois relances qui changent tout

À envoyer après la réponse. Elles coûtent dix secondes et améliorent davantage le résultat qu'une réécriture complète du prompt.

Relance 1 · Avant de répondre, dis-moi ce qui te manque

Avant de répondre, ne réponds pas encore.

Reformule ma demande en une phrase, pour que je vérifie que tu l'as comprise.
Puis liste les trois informations qui te manquent et qui changeraient le plus ta réponse.
Puis attends que je te les donne.

Relance 2 · Qu'est-ce qui plaide contre

Reprends ta réponse. Sans la réécrire, dis-moi :

1. Quels arguments existent contre la conclusion que tu proposes.
2. Dans quelles situations cette réponse serait inadaptée, voire dangereuse.
3. Ce que tu as simplifié pour rendre la réponse lisible.

Si tu ne trouves rien à ces trois questions, explique-moi pourquoi.

Relance 3 · Montre-moi d'où ça vient

Pour chaque affirmation de ta réponse, indique :

- Si elle provient d'un document que je t'ai fourni, avec la citation exacte entre guillemets.
- Si elle provient de tes connaissances générales, sans source vérifiable.
- Si elle résulte d'une déduction de ta part.

Marque chaque ligne en conséquence. Ne reformule pas ta réponse, produis seulement ce tableau.

Laquelle utiliser La première quand la demande est complexe et que vous n'êtes pas sûr d'avoir tout dit. La deuxième quand la réponse vous plaît trop. La troisième dès qu'une décision est en jeu. Les trois ensemble sur un sujet qui compte : cela prend une minute et vous évite l'erreur qui aurait pris une heure à réparer.

Les sept erreurs les plus fréquentes

Observées en formation, dans cet ordre de fréquence.

1

Empiler trois demandes dans un seul prompt

« Explique-moi ça, fais-moi un tableau, et rédige un courrier au patient. » Vous obtenez trois réponses médiocres au lieu d'une bonne.

Correctif : une demande, une réponse. Enchaînez ensuite, le contexte est conservé.

2

Glisser une affirmation fausse dans la question

« Depuis que le seuil est passé à X... » alors qu'il n'a pas bougé. Le modèle construira une réponse cohérente autour de votre erreur, et elle vous confortera.

Correctif : posez la question ouverte avant la question fermée, et ne citez pas de chiffre que vous voulez faire vérifier.

3

Ne pas imposer de format

Sans contrainte, vous recevez la forme moyenne : longue, tiède, sans décision. Et vous passez plus de temps à la retailler qu'il n'en aurait fallu pour la cadrer.

Correctif : structure et longueur, dans chaque prompt, sans exception.

4

Corriger au lieu de recommencer

Après trois allers-retours sur une réponse mal partie, le contexte est encombré et la qualité plafonne. On s'acharne parce qu'on a déjà investi du temps.

Correctif : si deux relances n'ont pas redressé la trajectoire, repartez d'une conversation neuve avec un prompt corrigé.

5

Accepter la première réponse

Elle est presque toujours la plus consensuelle, donc la moins utile. C'est la deuxième, après une relance exigeante, qui vaut quelque chose.

Correctif : considérez la première sortie comme un brouillon de cadrage, pas comme un résultat.

6

Décrire un patient réel

Par réflexe de précision, on donne l'âge exact, la date, la ville, la profession. Ces quatre éléments réunis suffisent souvent à identifier une personne.

Correctif : décrivez la situation, jamais la personne. Une tranche d'âge, un contexte, pas de date, pas de lieu.

7

Ne rien garder

L'erreur la plus coûteuse sur l'année. Un bon prompt trouvé un mardi soir est perdu le jeudi matin, et vous le réécrivez.

Correctif : la section suivante. Dix minutes une fois, et le problème disparaît.

Construire votre bibliothèque

C'est le vrai sujet de cette page, et il se règle en une soirée.

Le gesteComment le faire
1. Lister vos dix situationsCelles qui reviennent chaque semaine, pas celles qui vous intéressent. Prenez votre agenda de la semaine passée : elles y sont toutes.
2. Écrire un ORCF par situationDix minutes chacun la première fois. Les prompts de cette page couvrent déjà la moitié des cas courants.
3. Les stocker là où vous les retrouverezUn document unique, une note épinglée, un dossier de textes enregistrés. Peu importe l'outil, l'important est qu'il soit ouvrable en trois secondes pendant une consultation.
4. Les nommer par le déclencheurPas « prompt courrier » mais « quand j'adresse à un spécialiste ». Vous cherchez par la situation, jamais par le nom technique.
5. Les corriger au fil de l'eauChaque fois qu'une réponse vous déçoit, corrigez le prompt correspondant plutôt que la réponse. En un mois, votre bibliothèque devient nettement meilleure que celle d'un manuel.
6. La revoir une fois par anLes modèles changent, vos besoins aussi. Une heure en janvier suffit.

Gabarit vierge, à dupliquer pour chaque situation

SITUATION : [le déclencheur, formulé comme je le reconnaîtrai en consultation]
DERNIÈRE MISE À JOUR : [date]

Tu es [RÔLE : spécialité + milieu d'exercice + moyens disponibles].
Dans un contexte de [CONTEXTE : type de situation, ce qui est déjà exclu et pourquoi].
Ta tâche est de [OBJECTIF : le livrable], pour que je puisse [l'usage réel que j'en ferai].
Présente sous forme de [FORMAT : structure exacte, longueur maximale, ce que je ne veux pas].

Si tu n'as pas l'information, écris-le au lieu de l'estimer.

CE QUI MARCHE BIEN AVEC CE PROMPT : [à remplir après quelques usages]
CE QU'IL FAUT ENCORE CORRIGER : [à remplir au fil de l'eau]

Le contrôle en cinq points

Avant d'envoyer un prompt qui compte, et avant d'utiliser la réponse.

0 / 5

Une seule demande

Si mon prompt contient un « et aussi », je le coupe en deux.

Aucune donnée identifiante

Ni nom, ni date de naissance, ni ville, ni date de consultation, ni profession singulière.

Aucune affirmation non vérifiée dans ma question

Je ne fais pas dire au modèle ce que je crois savoir.

Un format et une longueur imposés

Et ce que je ne veux pas voir apparaître dans la sortie.

L'autorisation de ne pas savoir

La phrase qui rend tout le reste fiable, et qui tient en une ligne.

Un prompt, c'est une consultation. Une bibliothèque de prompts, c'est un cabinet organisé. Le temps que vous passez à cadrer une demande une fois vous est rendu à chaque fois que la situation revient. C'est la seule compétence de ce livre qui survivra à tous les changements d'outils.

Questions fréquentes

Faut-il vouvoyer ou tutoyer le modèle ?

Aucune importance sur la qualité de la réponse. Le tutoiement est simplement plus court à écrire, c'est la seule raison pour laquelle les prompts de cette page l'emploient.

Faut-il dire merci ?

Cela ne change rien au résultat. Certains le font par habitude, d'autres non. Ce qui compte est ailleurs : dans l'information donnée et la contrainte posée.

Les prompts vendus en ligne valent-ils quelque chose ?

Rarement. Un bon prompt contient votre contexte d'exercice, vos contraintes et votre format habituel : par construction, il ne peut pas être générique. Achetez du temps de formation plutôt que des fichiers de prompts.

Le même prompt donne-t-il toujours la même réponse ?

Non, et c'est normal : ces systèmes comportent une part d'aléa. Une bonne structure réduit fortement la variabilité, elle ne l'annule pas. Sur un sujet qui compte, relancez une seconde fois et comparez.

Faut-il adapter ses prompts à chaque outil ?

Marginalement. Un ORCF bien écrit fonctionne partout, parce qu'il repose sur la clarté de la demande et non sur une particularité technique. C'est aussi ce qui rend votre bibliothèque durable.

Combien de temps avant que ce soit un réflexe ?

Deux à trois semaines d'usage quotidien. Le signe que c'est acquis : vous vous surprenez à structurer une demande à un confrère de la même manière.

Sources et méthode

ÉlémentOrigine
La méthode ORCF et l'analogie de la consultationCadre pédagogique proposé par les auteurs de cet ouvrage. Il n'a pas de valeur normative, il sert à structurer une demande.
Effet des consignes de structure et de longueur sur la qualité des réponsesGuides de rédaction de prompts publiés par les éditeurs de modèles, 2025 et 2026
Absence d'effet démontré des formules d'insistance et des mises en scène émotionnellesTravaux d'évaluation publiés sur l'ingénierie de prompt, 2024 à 2026
Reprise par le modèle d'une prémisse fausse contenue dans la questionÉtude sur cas cliniques comportant un détail fabriqué, 2025
Variabilité des réponses à consigne identiqueDocumentation des éditeurs sur les paramètres de génération
Méthode A.V.E.C.Haute Autorité de santé, recommandations sur l'IA générative en santé, 30 octobre 2025